Principes méthodologiques

La démarche cartographique que nous proposons repose sur trois principes ou options méthodologiques qu’il convient ici d’expliciter.

1) Considérer l’activité scientifique des unités de recherche

L’activité scientifique est une activité collective qui s’inscrit toujours dans un contexte institutionnel précis. En sciences humaines et sociales, cette inscription se fait traditionnellement au sein des petites unités que constituent les instituts. Les appels à participer à des projets coordonnés et souvent interdisciplinaires ont conduit à la création de pôles de recherche, de centres de recherche, ou encore de maisons qui contribuent à élargir les équipes de recherche. Ce sont ces différents réalités institutionnelles que nous désignons par l’expression « unités de recherche ».

Ces unités constituent le lieu par excellence où émergent de nouvelles problématiques, des projets de recherche et des sujets de thèse. Les apports multiples et divers de ces unités constitutives du paysage de la recherche sont parfois mal connus, ils méritent une attention particulière.

Notons que l’option de considérer la production d’une telle unité n’exclut pas l’analyse des publications individuelles d’un chercheur. Mais cette production personnelle, qu’un chercheur est appelé à mettre en évidence à plusieurs étapes de sa carrière, risque de se trouver alors artificiellement dissociée de l’environnement institutionnel et scientifique qui l’a rendu possible.

2) Considérer  toutes les publications et communication d’une unité de recherche

Les approches bibliométriques classiques sont focalisées sur le repérage des publications dignes d’intérêt qui méritent d’être prise en compte. Cette sélection est alors effectuée sur la base de l’impact score des revues qui les acceptent et sur un classement des revues jugées correspondre à des standards internationaux de qualité scientifique.

Notre approche se distancie radicalement de cette perspective. L’option de considérer toutes les publications repose sur le constat qu’une approche pièce à pièce des publications qui méritent comptage occulte un aspect important de l’activité d’une unité de recherche. Par la diversité des formes qu’ils prennent, les  textes scientifiques reflètent une dynamique d’élaboration qui relève d’une filiation des écrits. En effet, une recherche en cours est présentée dans un congrès. Une communication, ou un document de travail peut donner lieu à un article de revue. Un colloque peut conduire à la publication d’un ouvrage collectifs. Les articles issus d’un projet de recherche sont retravaillés sous forme de livre, un matériel de cours sert de base à la rédaction d’un manuel, etc. Ces démarches d’élaborations successives et de réécritures par étapes  sont probablement trop ordinaires pour y prêter attention. Le risque est alors de ne voir que les meilleurs produits finaux sélectionnés à la suite d’un écrémage rigoureux (la crème de la crème étant un article dans les revues les plus prestigieuses), comme si obtenir une double crème n’avait au fond pas de lien avec le lait de départ. Le travail d’élaboration des communications et des publications est un aspect central de la vie d’un institut; ce travail est totalement ignoré par le regard bibliométrique.

3) Considérer des durées longues

Le troisième principe qui guide notre démarche découle en partie des principes précédents. Il consiste à considérer l’ensemble des communications et publications parues sur plusieurs années. Les orientations scientifiques d’un institut s’inscrivent en effet dans des durées longues. Le déploiement d’axes de recherche prometteurs, l’établissement de collaborations ou de partenariats, l’obtention de fonds, ou encore la formation de chercheurs compétents à même de contribuer à l’avancement des projets relèvent d’un travail de longue haleine. En saisir la richesse et la portée nécessite d’adopter une échelle temporelle de 4 à 8 ans selon le cas, sans exclure l’intérêt d’une temporalité plus longue, à l’échelle d’une carrière scientifique sur plusieurs décennies.