Publier et communiquer

Dans la perspective d’une bibliométrie qualitative, nous avons décrit de manière détaillée toutes les publications des 16 professeurs de l’Unine et de l’Unil interviewés, soit un total de 1456 publications. Cette analyse a mis en évidence une diversité de modalités de publications, liées manifestement à la diversité des orientations de recherche de chacun.
Ces données détaillée sont présentées dans un document de recherche. Nous nous limitons ici à relever quelques éléments marquants du rapport que les chercheurs entretiennent avec l’activité de publication.

Publier n’est pas une fin en soi
Si le souci de faire connaître au mieux leurs propres travaux et ceux de leur groupe de recherche est largement partagé, il est aussi vrai que les chercheurs interrogés ne publient pas pour publier. Certains d’entre eux se disent même affectés par le fait que des jeunes chercheurs puissent être aujourd’hui poussés dans ce travers, avec tous les effets néfastes que crée cette pression à la publication sur la qualité et la consistance des contributions scientifiques dans ce contexte d’incitation à la production.

Les publications jalonnent l’activité de recherche
Aux yeux de ces chercheurs, les publications ne sont pas des pièces isolées, qui viendraient s’ajouter les unes aux autres à des fins de dénombrement. Ce sont des jalons qui marquent des étapes dans la conduite d’un projet et reflètent les activités d’un groupe de recherche. Par la diversité de leur forme (document de travail, rapport, article de revue, chapitre,  livre, etc), les  textes scientifiques témoignent d’un processus d’élaboration et de filiation d’écrits, souvent mis en forme au gré de rencontres scientifiques et de projets éditoriaux. Ce travail d’écriture par étape est un aspect constitutif de l’activité scientifique. La bibliométrie conventionnelle, qui limite son regard aux articles publiés dans les revues jugées de bonne réputation, occulte ce processus.

Le souci d’être cité est souvent secondaire
Nous avons aussi procédé à une analyse ad hoc des citations des textes publiés par les 16 professeurs-chercheurs de l’Unil et de l’UNINE concernés par nos études de cas. Le dénombrement des citations a été effectué en cumulant les données issues du Web of Science  et de Google scholar avec Publish or Perish. Les résultats de cette analyse montrent que même en cumulant ces bases de données, seule une petite partie des 1456 publications considérées sont effectivement citées. Cette proportion est de 19% pour l’ensemble des 1456 publications et de 31% pour les livres. Il est intéressant de relever que les livres – non pris en compte dans la bibliométrie conventionnelle – sont de fait plus souvent cités que les articles. Il ressort aussi que les publications en anglais sont certes proportionnellement un peu plus souvent citées que les publications en français, mais la différence n’est pas considérable. Le faible taux des publications citées contribuent certainement à limiter l’intérêt des professeurs-chercheurs pour ce type de dénombrement.

Un résultat particulier se révèle cependant intéressant, il a trait aux quelques publications – le plus souvent des livres – qui sont cités régulièrement sur une longue période. C’est le cas de contributions novatrices qui acquièrent le statut d’ouvrages de référence et se trouvent cités chaque année, parfois sur plusieurs décennies. Les chercheurs ont certes un nombre limité de telles contributions marquantes sur la durée. Néanmoins, même si elles sont exceptionnelles, ces contributions retiennent beaucoup l’attention, en raison de leur portée et de leur rayonnement. L’intérêt des chercheurs pour un tel indice d’impact est manifeste. Savoir quel livre se trouve cité parfois sur plusieurs décennies apporte un éclairage intéressant sur la genèse et le devenir d’un courant de recherche.